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La princesse et le paysan sont sur la même planète ..

Publié le par petitefolie




Constance de Polignac et Pierre Rabhi, pionnier d'une agriculture respectueuse de l'homme et de la terre, dans la jachère fleurie du parc de Kerbastic.

Constance de Polignac et Pierre Rabhi, pionnier d'une agriculture respectueuse de l'homme et de la terre, dans la jachère fleurie du parc de Kerbastic.
Photo : Thierry Creux

Constance de Polignac et Pierre Rabhi font fi de tous les codes sociaux. À Guidel, dans le Morbihan, l'aristocrate et l'agriculteur travaillent main dans la main à l'établissement d'un modèle de culture biologique.

Dans un conte de fées, ils ne se seraient probablement jamais rencontrés. Les urgences d'un XXIe siècle en quête de sagesse et de sens les ont unis profondément.

La princesse Constance de Polignac est la descendante d'une des plus prestigieuses familles de France. Né aux portes du désert algérien, Pierre Rabhi est devenu Ardéchois à son arrivée en France, au début des années 1960.

Qualifié alors de fou pour vouloir cultiver une terre âpre que les paysans désertaient, ce Jean de Florette du Maghreb a depuis fait la preuve que le sol se plie aux souhaits de l'homme... quand ce dernier sait l'écouter. Cinquante ans après ses premières plantations d'oliviers, le fondateur de l'Association Oasis en tous lieux explique que l'on « ne peut pas vivre avec une agriculture qui produit en détruisant ».

Constance et Pierre se sont rencontrés il y a trois ans, lors d'un dîner à Paris. « Nous sommes tombés dans les bras l'un de l'autre et nous nous sommes tutoyés immédiatement. On s'attendait depuis cinquante ans », affirme la princesse, qui revient de loin.

Trois comas consécutifs à trois accidents d'automobile, sept années à reconstruire sa mémoire. Mais certains souvenirs fondateurs sont restés tenaces. Notamment le choc ressenti à l'âge de 5 ans, en découvrant la citadelle de ses ancêtres à Polignac, près du Puy-en-Velay, en Haute-Loire.

« J'y ai vu un monde d'hommes, un univers guerrier et brutal. » La petite fille a grandi, a étudié dans les écoles choisies par la haute société, s'est mariée. Mais elle n'a pas perdu son aspiration enfantine à un monde plus doux.

Quand, en 2002, sa famille l'appelle à présider les deux fondations Polignac, reconnues d'utlité publique, en Haute-Loire et en Morbihan, la princesse vit au Nouveau-Mexique. Elle rentre et devient gestionnaire de Kerbastic, à Guidel, près de Lorient: un vaste château des XVe-XVIIIe siècles donné à l'État. Constance de Polignac n'a de cesse de rendre vie au domaine. La demeure est devenue un hôtel-restaurant de luxe ; des concerts lyriques y sont organisés ainsi que des séminaires à l'adresse d'hommes d'affaires, de décideurs « hors-sol qui ont besoin qu'on leur remette les pieds dans la terre ».

« On s'attendait depuis 50 ans »

Quand elle ne gère pas ses affaires en France, on la retrouve chez les Pygmées ou les Amérindiens.Fascinée par les peuples premiers, Constance de Polignac leur doit tout. « C'est par eux que j'ai appris que la terre était vivante et qu'elle faisait partie de moi. Ce sont aussi leurs rituels et leur médecine qui m'ont guérie de mon amnésie. »

C'est pourquoi tout a été si facile quand elle a rencontré Pierre Rabhi. L'auteur du Manifeste pour la Terre et l'humanisme, livre salué par Nicolas Hulot, et la créatrice du concept « Art, nature, santé » partagent les mêmes points de vue sur la marche chaotique du monde. Entre l'homme aux sandales de cuir et la femme à l'étole en cachemire, la convergence des idées surpasse de très haut les gouffres financiers et culturels qui les séparent.

Pierre Rabhi est venu deux fois à Kerbastic, délivrer gracieusement ses conseils d'ami. Sur place, il a encore mieux compris les motivations de son hôtesse qui souhaite faire d'un domaine hier encore « empoisonné par les produits chimiques, un modèle de l'agrobiologie en Bretagne ».

Dans quelques années, les 130 hectares de bois, terres cultivables et parc seront redevenus sains dans leur totalité (50 le sont déjà). La nappe phréatique aura retrouvé sa pureté originelle, celle « d'avant l'apparition des produits phytosanitaires ». Implantation de jachère fleurie, transformation d'un hameau en éco-village, renaissance de l'ancien potager en potager biologique pour les besoins du restaurant de l'hôtel, rien n'a été laissé au hasard.

Rien n'a été simple non plus. « C'est difficile de bousculer les habitudes d'exploitants agricoles quand on est une femme, princesse de surcroît ! » Par son parcours, Pierre Rabhi apporte un poids non négligeable aux projets de Mme de Polignac. « En Ardèche, je suis parti d'une terre rocailleuse. C'est devenu une oasis. Je remets à mes enfants une terre meilleure que je ne l'ai reçue. »

Le propos du penseur-écrivain a une portée plus philosophique et politique quand il évoque nos modes de production : « On s'acharne encore à vouloir réparer un système qui n'est pas en adéquation avec le monde d'aujourd'hui. Qu'il soit de droite ou de gauche n'a pas d'importance, c'est l'être humain qui est interpellé. À quoi bon mettre des enfants au monde si je ne me préoccupe pas de savoir si ce monde leur sera vivable ? »



Ouest france 25 Novembre 2009


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